En août, sous un soleil de plomb, les Français en vacances au Maghreb côtoient les musulmans pratiquants qui vivent au rythme du mois de jeûne traditionnel.
Le repas du Ramadan SIPA
Ne pas boire, ni manger, ni fumer, ni avoir de relations sexuelles, du lever au coucher du soleil. Soit près de 14 heures par jour d’abstinence : c’est à cette contrainte que s’astreignent près d’un milliard et demi de musulmans dans le monde, qui ont entamé le mois de jeûne et de prières du ramadan il y a une semaine. Parmi eux, de nombreux habitants du Maroc et de la Tunisie, destinations prisées des Français. D’après les habitués, en suivant quelques règles, partir en vacances dans un pays musulman en plein ramadan ne comporte pas de risque particulier. Mais avec des températures qui frisent les 40 °C, les esprits peuvent s’échauffer à la moindre provocation, fût-elle involontaire. Antoine, un trentenaire qui rentre du Maroc, l’a vite compris. « A Essaouira et à Casablanca, des hommes nous ont pris la tête, très choqués parce qu’on fumait dans la rue. On écrasait notre cigarette, et ça s’arrêtait là. Mais à Marrakech, un type s’est vraiment insurgé. »
Question de bon sens : manger un sandwich ou fumer face à ceux qui doivent se retenir jusqu’à 19 h 30 n’est pas du meilleur effet… Plus l’heure de la fin du jeûne approche, plus la tension monte. « C’est surtout dans les marchés et médinas, et dans les villes peu touristiques que les étincelles peuvent se produire », note Jamel, à l’agence de voyage Capsim, à Agadir. Attendez-vous aussi à affronter des embouteillages à partir de 16 ou 17 heures, « car tout le monde veut arriver avant le coucher du soleil pour le ftour (ou iftar, le repas de rupture du jeûne, NDLR) », poursuit Jamel. « Avec le soleil qui tape, il suffit d’une voiture qui resquille pour énerver tout le monde », confirme une habitante de Tunis.
Menaces sur les cafés
Cette année, le ramadan s’inscrit aussi dans un contexte particulier. Au Maroc, l’attentat de Marrakech, en avril, a refroidi les vacanciers. En Tunisie, après la chute de Ben Ali, toute l’organisation du pays est à reconstruire. « Quelques semaines avant le début du jeûne, des menaces ont émergé sur les réseaux sociaux et dans la presse, visant les commerçants et bars qui resteraient ouverts pendant le ramadan », explique Sihem Bensedrine, porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie. Derrière ces menaces, cette ONG de défense des droits de l’homme voit une tentative des « services spéciaux » pour provoquer des heurts. Pour l’heure, aucune agression n’a été enregistrée. Mais les militants, inquiets, ont lancé mercredi une campagne baptisée « Ramadan sans violence ». Associations et partis politiques — dont le Parti communiste ouvrier, le parti salafiste radical Tahrir et le parti islamiste Ennahda — se sont joints à l’appel. Pour Sihem Bensedrine, « hors de question que le premier ramadan post-révolution soit entaché de violences ! La Tunisie est le pays de la tolérance. On a besoin des touristes, ils doivent pouvoir se promener en paix et profiter des cafés ».
Pendant le mois de jeûne, l’activité économique ralentit, de l’ordre de 20 %. « Dans le sud du Maroc, les restaurants risquent d’être fermés. C’est la basse saison ici », prévient Karima, de l’agence Maroc sur mesure. Mais dans les sites touristiques, de Marrakech à Casablanca, en passant par Djerba ou Hammamet, la vie ne s’arrête pas. « Il y a peut-être un peu moins de personnel pour servir, mais tous ceux qui travaillent dans le tourisme s’adaptent », assure Jamel, à Agadir. Pas de problème pour se rendre à la plage non plus, selon les voyagistes.
Effervescence nocturne
Monuments, boutiques et restaurants restent le plus souvent ouverts, avec des horaires adaptés : ouverture plus tardive, fermeture quelques heures dans la journée. « Le premier jour du ramadan, on a bu une bière en plein après-midi, à Marrakech ! Les bars ont peu de clients locaux, mais ils servent de l’alcool aux touristes », relate Antoine. « Le McDo à côté de notre agence ne désemplit pas », renchérit Karima. « On s’organise avec nos employés tunisiens pour faire des roulements. Mais la religion, c’est personnel. Cela ne doit en aucun cas jouer sur les horaires de dîner de nos clients, ajoute Christian Antoine, qui gère le Radisson Blu et le Park Inn, à Djerba. Quant aux maîtres-nageurs, c’est surtout dur pour eux de rester au soleil sans manger. Mais voir des femmes en monokini, ils y sont habitués ! »
Mais le ramadan, « c’est un temps spirituel avant tout, on aime être en famille », confie Karima. L’occasion de découvrir les lieux autrement. Dans la journée, les rues des médinas sont quasi désertes. « Vous ne subissez aucun harcèlement, les vendeurs dans les souks sont bien moins incisifs sur le business », témoigne Samuel. Vers 19 h 30, les pratiquants disparaissent chez eux pour partager en famille le ftour. La ville est à vous jusqu’à 21 heures. L’effervescence gagne alors les villes : soirées thématiques, concerts, festivals… « Les cafés et restaurants restent ouverts après minuit, voire jusqu’à 3 heures du matin ! », vante Karima. Des grands hôtels aux bouis-bouis, vous pourrez vous initier au ftour et goûter la harira, la soupe traditionnelle. « Le mieux, c’est de se faire inviter chez des locaux. Nous sommes tous très contents de voir des Français revenir », assure Jamel.
Mode d’emploi : 3 conseils pour en profiter au mieux
Attitude Ne mangez pas et ne fumez pas dans la rue, cela serait vécu comme une provocation. Soyez particulièrement attentifs en fin d’après-midi, dans les quartiers traditionnels et les médinas.
Vêtements Bannissez les tenues légères (shorts courts, minijupes, décolletés). A la plage, baignade sans problème en maillot une pièce ou bikini dans les villes touristiques. Vous y croiserez peu de locaux, sauf en soirée, lorsqu’ils viennent s’y promener ou faire du sport. Attention à revêtir une tenue correcte en revenant en ville.
Activités Renseignez-vous avant une visite ou une excursion. Hors des centres touristiques, certains sites peuvent fermer ou adopter des horaires décalés. Gare aux embouteillages en fin d’après-midi.
08-08-2011